Lucie BAYENS

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Autoportrait Fragmenté _2020

Lucie Bayens vit et travaille à Bordeaux.

Diplômée de l’EBABX, elle participe à des expositions depuis 2010 et intervient régulièrement auprès du jeune public dans des structures éducatives. En collaboration avec Tinbox-Agence Créative elle a participé au WAC 2019, et a été invitée par l’association Diffractis à l’occasion de Diffractis au jardin #5 en 2020.

« Mon travail consiste à glaner ce que l’on considère comme déchet ou obsolète, que je nomme abjects. Il s’agit de matières organiques, plastiques et d’objets du quotidien. Je les assemble pour réaliser des sculptures avec lesquelles je compose des installations in situ. J’associe inerte et vivant en intégrant de plus en plus de plantes : des jardins dans des livres. Tisser du lien entre intérieur et extérieur, le « je » et le « nous », prendre le temps. Par le croisement, la confection et la contingence, mes recherches plastiques s’apparentent à une enquête anthropologique. Une quête à l’esthétique ambivalente pour développer un humanisme non-anthropocentré. Il est donc question de mémoire, de territoire et de notre relation au monde, à l’Autre et à notre environnement.

Dés mes premières expositions, certains spectateurs m’ont spontanément apporté des cadeaux-trésors ramassés lors de balades ou issus de leur consommation quotidienne. J’en appelle à présent aux volontaires, à participer à des campagnes de glanage selon les besoins de ma création. Ainsi, parmi les techniques que j’utilise, je donne corps à la pollution nucléaire, en tressant des filets d’emballage de fruits et légumes de grande consommation — eux-mêmes source de pollution marine — en m’appuyant sur des modélisations des nuages de particules suite aux catastrophes de Fukushima et Tchernobyl publiées sur internet par l’IRSN.

Je recouvre des formes d’animaux habituellement utilisées par les taxidermistes — qui relèvent d’une vision stéréotypée du vivant — d’une carapace d’écailles de pomme de pin parasol brodées et glanées le long des rivages de la côte ouest ou dans les parcs et jardins que je traverse où ces arbres ont été plantés en monoculture d’agrément. Comme pour m’approprier les rivages que je longe, parfois en songe, en voyage immobile, j’en brode la carte avec des cheveux naturels teintés ou non, de différentes couleurs. En alternant ces dernières sur la trame coton, j’évoque et j’invoque l’irisation d’une flaque d’eau gorgée d’hydrocarbure.

Les graines, noyaux, pépins que je plante dans des livres jaunis et des chaussures d’enfant usagées et perdues, sont issus de mon alimentation. Les plantes non comestibles viennent de mon jardin composé dans son immense majorité, de plantes abandonnées dans la rue, à qui je redonne de l’attention. La marche attentive est une étape de ma recherche, tant en ville qu’au bord de l’eau ou dans la forêt plus ou moins apprivoisée. J’y trouve de la résonance en photographiant des éléments qui constituent la série de Vado (Vadum/gué : l’endroit où l’on peut passer) que je publie sur Instagram puis que j’imprime sur papier transparent marouflé sur verre. Je glane des abjects dans la laisse de mer et les sous-bois suburbains. De cette collecte, nait une collection dans laquelle je pioche pour réaliser des assemblages. Ainsi, je transforme des combinaisons de travail usées en costumes, que j’augmente de signifiants et qui servent à des performances filmées où le corps, la main sont les ultimes outils d’expression du Je dans un présent discontinu et perpétuel. »

http://luciebayens.com